25.04.2007

Isegoria #2 : Le pouvoir local du citoyen, la citoyenneté en mode actif

Mardi 20 mars a eu lieu la deuxième session d’Isegoria, le débat citoyen. Ce projet propose de faire se rencontrer des individus, quels que soient leurs parcours, leurs modes de vie, leurs orientations politiques, leurs confessions ou leurs idéologies, et de les faire débattre et échanger à propos de grands enjeux qui font le monde d’aujourd’hui et feront les mondes de demain…

Voici le compte rendu de la deuxième rencontre sur le thème du pouvoir local du citoyen. Notre témoin, Christophe Grébert, est journaliste, passionné de nouveaux médias, militant socialiste, membre du Syndicat National des Journalistes, militant contre l'homophobie et habitant de Puteaux. Il a crée le 1er mai 2002 le site Mon Puteaux qui propose de faire circuler l'information locale et qui est un lieu de débat. Autour de lui, quatre citoyens : Jean-Michel Comte, habitant du Xème arrondissement de Paris qui est président de l'association du Passage des petites écuries et animateur du blog Rentre chez toi créé par des riverains du QG de Nicolas Sarkozy rue d'Enghien ; Eric Mainville, blogueur sur Crise dans les médias et membre du réseau Freemen ; Frédéric Badina, blogueur, étudiant en aménagement du territoire, engagé en politique et dans l'associatif, il est notamment impliqué dans certains conseils de quartiers parisiens, il est vice président de l'association Voiture & co et délégué jeune chez Cap 21 ; Fabien Neveu, responsable de l'association Démocratie Active qui organise depuis 1997 des rencontres et des cercles de réflexion sur les thématiques citoyennes.

Vers l’engagement citoyen :

Nombre de citoyens font aujourd’hui le constat d’une crise de la représentativité et de la démocratie représentative en général. Et ce constat se base sur l’idée d’une césure forte entre les élus et leurs électeurs, les élus donnant l’impression d’accaparer le pouvoir à leur compte et les électeurs pensant ne plus pouvoir avoir prise sur le débat public. De ces dérives apparentes et largement perçues de la démocratie représentative à la nécessité d’une prise de pouvoir local, il n’y a qu’un pas. En effet, pour combler ce sentiment de dépossession, beaucoup de citoyens décident de s’engager localement. Quel que soit le déclencheur de départ, que ce soit un choc suite à un résultat électoral ou que ce soit le fruit d’un long parcours personnel, le citoyen a envie de s’engager, d’opérer une action concrète, et de découvrir directement les résultats de ses actions.

Ainsi, démocratie représentative et démocratie participative deviennent complémentaires. D’un côté, le citoyen élit ses représentants périodiquement. De l’autre, il a la possibilité de travailler sur le terrain, localement, pour suivre la politique de son élu, pour compléter son travail ou pour le contrôler.

Le premier problème posé par cet engagement citoyen, c’est son encadrement. Il est rare de voir un citoyen s’engager sans faire partie d’une organisation. Syndicats, partis politiques ou associations, tous les organismes permettent cette prise de pouvoir local. On peut alors se demander qui de l’engagement ou de l’organisation a permis l’action citoyenne. Est-ce le citoyen qui adhère à une organisation pour donner plus de poids à son action et pour partager son expérience ? Ou est-ce l’organisation qui crée des vocations et canalise les énergies ? En d’autres termes, se dirige-t-on vers une figure du citoyen indépendant ou du citoyen comme produit d’un système politique, comme rouage d'une machine du pouvoir ?

L’engagement citoyen, un saut d’obstacles :

L’engagement citoyen est un parcours complexe. Tous les citoyens présents pendant le débat n’ont pas manqué de le souligner et de partager leurs difficultés. Le principal problème qui se pose est celui du blocage informatif. Les seules sources dont dispose localement le citoyen sont celles produites par la mairie ou les autorités locales. Et parfois, ces informations peuvent prendre des allures de propagande. Et quand le citoyen décide de dépasser ces informations et de se faire lui-même sa propre opinion, il n’est pas rare de voir des obstacles se dresser devant lui. On vous demande un rendez-vous pour obtenir de la documentation, souvent aux heures où vous travaillez et sans forcément venir vous accueillir à l’heure dite, ou l'on supprime la tribune de l’opposition dans la presse locale alors que la loi l’impose. Bref, on n’aime pas que le citoyen fasse un travail d’investigation ou d’information qui pourrait déranger. On regarde d’un mauvais œil le "citoyen poil à gratter".

Un des moyens de pallier ces difficultés et de faciliter son action, c’est Internet. Internet est un outil qui permet d’amplifier cette action citoyenne, de lui donner du poids, de la médiatiser et de la développer. Internet n’est pas une fin, il est un moyen, un levier de l’engagement citoyen. Le poids qu’a pris Internet est indéniable. Dans les Hauts de Seine, par exemple, lorsque des sites et des blogs citoyens se sont ouverts, la majorité au pouvoir a immédiatement pris le contre-pied en ouvrant à son tour des blogs. Et de nombreuses mairies ont peur que les conseils de quartier ouvrent leur site car Internet permet aux citoyens de peser plus lourd dans la balance. Christophe Grébert, par exemple, le sait bien, la médiatisation enclenchée par son blog lui a permis de financer sa défense devant les tribunaux de Puteaux.

Quelle place pour le citoyen ?

Dans la démocratie représentative actuelle, les élus laissent peu de places aux citoyens. De manière logique, une majorité de citoyens décide de ne pas participer au processus démocratique qui ne leur laisse pas assez de latitude. Les élus, partant de ce constat et de ce supposé désintérêt des citoyens, décident de ne pas prendre le parti de l’ouverture citoyenne. Et ainsi s’enclenche un cercle vicieux. Les représentants sont persuadés que les citoyens ne s’intéressent pas au débat public et les citoyens sont convaincus que les représentants ne veulent pas les laisser s'exprimer. Pour casser ce cercle, il faut que la transparence et la liberté d’expression soient assurées et qu’une brèche s’ouvre.

Mais une fois la voie ouverte à l’action citoyenne, quelle place doit ou peut prendre le citoyen ? Les citoyens présents pendant le débat ont majoritairement rejeté l’idée que le citoyen doit contrôler l’élu. Le citoyen ne doit pas être un juge. Pour sanctionner un représentant qu’il juge incompétent, il a à ses côtés l’arme du bulletin de vote.

Mais d’un autre côté, les mêmes participants ont souligné le fait que les représentants devaient consulter les citoyens, les électeurs, en prenant en compte leur parole. Il faut que cette consultation soit coercitive, sans quoi, on s’écarte des principes démocratiques. Il faut trouver un équilibre stable entre la consultation locale du citoyen et les décisions prises par les représentants. Il faut trouver une adéquation, ce qui fait de l’élu un arbitre des intérêts, un garant du respect de la parole citoyenne.

Ainsi, il y aurait un réel partage des rôles entre citoyens et représentants à l’échelle locale. La démocratie représentative serait celle du pouvoir des élus et la démocratie participative serait celle de la consultation, de la communication et de l’activisme citoyen. Les deux n’étant pas antinomiques mais complémentaires.

La citoyenneté active, un idéal ?

Même si la participation citoyenne aux affaires publiques a été saluée par les participants, peu sont ceux qui ont oublié de mettre l’accent sur les limites de cet engagement citoyen. D’abord, en France, il n’y a pas de culture de la négociation ou de la concertation qui permet d’ancrer les débats entre citoyens et représentants dans les pratiques politiques. Il y a donc une nécessité d’éducation des citoyens. Autrement dit, la citoyenneté n’est pas innée, elle s’apprend.

Eternel problème ensuite, celui des compétences. Le citoyen n’est pas toujours compétent et il ne pourrait ainsi pas toujours participer à la vie de la cité. Il vaut mieux former les citoyens et utiliser des experts pour amender la politique des représentants. C’est en substance l’avertissement que certains ont pu prononcer. Faut-il être « compétent » pour participer à la vie politique ? Faut-il exclure certains et selon quels critères ? La question se pose depuis 1789 à chaque mouvement de réforme du gouvernement représentatif. Et elle se pose encore en 2007 pour certains.

Autre avertissement apporté par les participants, celui du champ d’action du citoyen à l’échelle locale. Le citoyen qui se sent presque « inutile » dans la démocratie représentative décide de s’engager localement pour faire valoir ses droits. Pour pousser à l’extrême la critique on pourrait dire que le citoyen troque son pouvoir national contre le droit de donner son avis sur l’emplacement de tel ou tel massif de fleurs ou sur le nombre de caméras de vidéosurveillance à installer. Si la démocratie représentative et la démocratie participative peuvent être complémentaires on peut se demander si elles doivent réellement se substituer l’une à l’autre, tant elles n'ont pas le même sens et le même poids.

Autre critique, le passage à ce que l'on pourrait appeler l’hyperdémocratie. Certains pensent que le citoyen a avant tout un caractère égoïste. Il participerait à la vie de la cité pour défendre son point de vue, ses intérêts, ses objectifs. Aucun consensus n’est donc réellement possible dans cette optique. Seul résultat, des débats interminables, des oppositions, des heurts incessants. C’est l’idée d’une démocratie directe qui serait en fait une hyperdémocratie non viable.

Dernière critique. Donner le pouvoir au citoyen comporte un risque. On peut se demander dans quelle mesure le pouvoir citoyen est un pouvoir de construction, le citoyen se plaçant régulièrement dans une posture de contre pouvoir et de critique des représentants. Le citoyen doit-il limiter le pouvoir de certains ou construire son propre pouvoir ?

Vers une réinvention de la démocratie ?

Dès lors, se pose la question de la finalité de cet engagement citoyen. Est-ce que l'engagement local est une étape nécessaire, un investissement local pour une action globale ? Cet engagement est-il un laboratoire d'expérimentations du vivre ensemble ? Est-ce que ces nouvelles pratiques participatives doivent servir d’exemple pour modifier la démocratie représentative ou est ce qu’elles sont une nouvelle façon de faire de la politique qui créeraient un nouveau pouvoir ?

21.03.2007

Crise de citoyenneté !

Chaque fois qu'on me demande ici et là qui je suis, je réponds, presque automatiquement que je suis un citoyen, un citoyen du monde, un blogueur qui multiplie les initiatives citoyennes... etc ! C'est un réflexe. Je ne crois avoir qu'une identité, c'est celle là ! Je ne suis pas une nationalité, je ne suis pas une ethnie, je ne suis pas une religion, je ne suis pas un âge, je ne suis pas un lieu d'habitation, je ne suis pas un chiffre ou un critère vaguement distinctif, je suis un citoyen. Point... Et pourtant, et pourtant, voilà que ma citoyenneté commence à prendre du plomb dans l'aile. Explication.

J'essaye de faire à peu près tout ce que l'on demande de faire à un citoyen modèle. Mis à part que je ne fais pas partie d'une association ou d'un parti politique. Mais sinon je fais comme on m'a dit. Je me tiens informé pour être un citoyen éclairé. Je vais voter, pour être un citoyen électeur. Je blogue, pour être un citoyen actif et réfléchir à un meilleur vivre ensemble. Je lance des projets de débats, pour fédérer d'autres citoyens. Je mange du bio, je trie mes déchets, je ne gaspille ni eau, ni électricité ni quoi que ce soit d'autre, je prends les transports en commun, je ne consomme rien de "superflu"... bref, j'essaye de me comporter en citoyen écolo.

Oui mais voilà, rien ne change. Rien ne bouge. Tout est encore là, bien à sa mauvaise place. Rien. Immobilisme complet.


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Alors attention, je ne suis pas en train de dire que je vais arrêter de tendre vers la citoyenneté idéale parce que ça ne sert à rien. Ca serait trop facile.

Je me pose juste des questions sur cette foutue "citoyenneté" (si toi hyène t'es !). Je suis partagé. Partagé entre l'envie de tout envoyer valser, de me casser, d'aller voir le monde, parce qu'au fond il n'y a que ça d'essentiel. Aller voir ce qui se passe là-bas. Là où l'on résiste encore, là on l'on vit encore comme l'on veut, là on l'on vit encore comme des humains. Vous me direz c'est aussi de la facilité. C'est une fuite en avant d'une certaine manière. C'est pas faux. Mais une fuite salutaire.

Et partagé entre l'envie de rester ici et de continuer. Mais plus durement. J'ai des envies de révolutions. J'oserais presque parler d'envies de têtes qui tombent, parce que rien ne change et parce que tout doit changer. Nous allons dans le mur, joyeusement. Nous perdons des mois dans des campagnes inutiles. Nous crions sans vraiment avoir envie que ça bouge. Particulièrement sur les blogs, où l'on refait le monde derrière son écran, quoi que chacun en dise. Nous gesticulons dans un silence assourdissant. Nous croyons changer les choses. Et pourtant.

Bref, comment dit-on dans ces cas là ? Que l'on est perdu ? Que ça ira mieux demain ? Alors à demain... et continuez pendant ce temps là ! Vous inquiétez pas, j'arrive, je reviens bientôt !

19.03.2007

Isegoria #1 : le commerce équitable, de l'exemple aux actions citoyennes !

Mardi 13 mars a eu lieu la première d'Isegoria, le débat citoyen. Ce projet propose de faire se rencontrer des individus, quels que soient leurs parcours, leurs modes de vie, leurs orientations politiques, leurs confessions ou leurs idéologies, et de les faire débattre et échanger à propos de grands enjeux qui font le monde d'aujourd'hui et feront les mondes de demain...



Voici le compte rendu de la première rencontre sur le thème du commerce équitable. Autour de notre témoin, Julien Bayou, chargé de mission "Relations avec les plates-formes d'ONG du Sud" pour Coordination SUD, qui a été six mois assistant de communication chez Max Havelaar et a rédigé un mémoire intitulé "Le commerce équitable, une approche économique : fondements théoriques et leviers de croissance", six citoyens : Laurent Soulat, professeur d'économie à Paris 1 et à l'Ecole Supérieure de Commerce et de Management Tours Poitiers (ESCEM) ; Anne Sophie N., doctorante en sciences économiques et membre du Groupe d'Economie mondiale de Sciences Po ; François Collet, directeur associé de l'agence de communication Heaven ; Mélisande Roche, étudiante en histoire et sciences politiques à Paris 1 ; Pierre Abruzzini, communicant et créateur du site Des Mots Des Couleurs et Pierre Henri T., ingénieur du son.

Comment est né le commerce équitable ?

Le commerce équitable est né du constat des problèmes posés par le commerce international. Dans un commerce mondialisé, les petits producteurs du Sud dépendent à la fois des cours du marché et de l’achat de leurs productions par des intermédiaires. Si l’on ajoute à ces risques économiques les ravages que peuvent causer des accidents climatiques, humains ou politiques, il est clair que ces producteurs vivent bien souvent dans des conditions de misère, qu'ils s’endettent et fuient les campagnes ou se lancent dans la monoculture de produits plus rentables.

Dans les années 1960, de nombreuses ONG, principalement anglaises et néerlandaises, marquées par une charité chrétienne forte, décident de remédier à ces inégalités entre Nord et Sud et de moraliser l’économie sans s’attaquer frontalement au capitalisme mais en tentant de le corriger de l’intérieur. Le principe de base est simple, en échange d’une rémunération plus importante, le producteur s’engage à respecter des critères sociaux et environnementaux. Progressivement, l’assistance charitable va laisser place à une base partenariale.



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Le prix payé au producteur du Sud est alors plus élevé, ce qui lui garantit un revenu minimum indexé à la hausse sur les prix de la Bourse. Quant au prix à la caisse payé par le consommateur du Nord, il est lui aussi, en général supérieur à celui d’un produit non équitable. Mais grâce à la compression des intermédiaires, la différence prix est souvent marginale.



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Le commerce équitable fonctionne selon deux modèles distincts. D'abord, la filière intégrée, voie historique, voie des ONG, comme Oxfam. Ce système qui veut transformer les pratiques commerciales est peu développé et gère de faibles volumes de produits qu'il distribue de manière limitée grâce à des bénévoles dans des magasins "alternatifs". Ensuite, on trouve la filière labellisée, apparue en 1988 aux Pays-Bas, qui cherche un accroissement des débouchés et un surplus de crédibilité. L'organisation Fairtrade Labelling Organization (FLO) s'appuie sur un réseau international et permet à des entreprises de s'engager dans la voie équitable en échange d'un label Max Havelaar. Cette filière veut fédérer un maximum d'acteurs et doit pour cela gérer d'importants volumes. Pour maximiser les revenus des producteurs, on privilégie la distribution dans les grandes surfaces. L'objectif n'est donc plus de transformer le commerce mais de le réguler.

La montée des critiques

Assurer un revenu décent à tous, garantir les droits inaliénables des personnes, pratiquer un commerce juste, éthique, qualitatif, égalitaire et durable, voilà la base du commerce équitable qui, depuis quarante ans, prend de l’ampleur.
Pourtant, les critiques ne manquent pas. Ce commerce serait un commerce non pas équitable mais, tout au plus, moins inéquitable, et qui favoriserait la création de poches de richesses et donc d’inégalités entre les producteurs du Sud. Ce commerce créerait une relation de dépendance du Sud au Nord que certains n’hésitent pas à qualifier de néocolonialisme. Il manquerait de transparence et d’indépendance. Il favoriserait les grandes surfaces et serait enfin une caution à la mondialisation qui permettrait aux consommateurs du Nord de s’acheter une bonne conscience sans remettre en cause leur modes de vie. Toutes ces critiques peuvent et doivent être entendues mais partent du principe que le commerce équitable est une alternative au commerce international et non pas un exemple. Lors de ce débat, nous nous sommes intéressés particulièrement à trois grandes critiques.



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Les externalités négatives : droits sociaux versus écologie !


Le commerce équitable se propose de prendre en compte dans ses coûts ce que les économistes appellent les externalités négatives. Internaliser les externalités négatives, c’est, plus simplement, prendre en compte les coûts humains, sociaux et environnementaux d’un processus de production et les intégrer dans le coût final du produit. C'est donc donner la valeur d'un produit en incluant le coût de ses impacts. Par exemple, il s’agit de prendre en compte le fait que les familles déscolarisent leurs enfants pour les faire travailler ou que l’usage de produits chimiques pour les cultures détruit les terres cultivables.

Mais comment est finalement calculé ce surcoût ? Il est évident que la prise en compte de ces externalités est complexe tant elles varient dans le temps. Ainsi, le surcoût est souvent aléatoirement défini ou basé sur un critère choisi préalablement, comme le prix de la scolarisation des enfants. Ces différences de calculs sont ensuite noyées dans la chaîne de distribution avec plusieurs variables (usage ou non du bénévolat, variations sur les quantités de stocks, usage ou non de la publicité, transformations ou non des produits). Le commerce équitable veut donc prendre en compte ces coûts mais le fait de manière plus qu’aléatoire. Première limite.

Plus encore, ce qui frappe certains mouvements écologistes, c’est que la primauté est donnée aux droits sociaux sur les droits environnementaux. Pour le dire vite, le commerce équitable favorisera un producteur qui garantit de ne pas faire travailler d’enfants et de payer correctement ses employés, même si celui-ci utilise des pesticides toxiques plutôt que des techniques biologiques. Bien sûr l'idée est discutable. Le commerce équitable met en avant le respect des normes sociales, et pas les critères de qualité environnementale. Et l’argument écologique est un des plus virulents à être opposé à cet autre commerce. Tous les produits agricoles périssables sont ainsi transportés du Sud au Nord, en avion plutôt qu’en bateau. Par exemple, on préfère acheter des roses du Kenya que l’on fait venir en Europe en avion, moyen de transport polluant s’il en est, plutôt que d’acheter des roses qui viennent de moins loin mais qui seraient produites dans des conditions sociales moins éthiques. Privilégier l’homme ou l’environnement, les choix ne sont malheureusement pas toujours compatibles...



Nord et Sud ou Sud pour le Nord ?




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Le commerce équitable se propose d'intégrer les pays du Sud dans le commerce internationale, sur une base égalitaire.  Et pourtant, la question se pose, à qui profite finalement le commerce équitable ?  Un peu plus de revenus aux petits producteurs du Sud, un commerce en pleine expansion dans les grandes surfaces depuis près de dix ans en France et quelques années de plus en Scandinavie  ou en Suisse.  Mondialiser ce marché de l'alimentation c'est , d'une certaine façon, faire produire du café et autres biens de consommations non essentiels pour les consommateurs du Nord à des individus du Sud qui pourraient cultiver pour obtenir leur nourriture et leur subsistance et souveraineté alimentaires. Notre pouvoir d'achat oriente donc les politiques agricoles du Sud. Et les petits producteurs sont ainsi obligés d'acheter à des prix bien plus élevés de la nourriture pour eux... Etrange paradoxe !



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De l'exemple aux actions citoyennes !


L'autre grande critique sur laquelle nous sommes revenus, c'est le fait de savoir si nous pouvons changer le monde en faisant nos courses. Nombreux sont ceux qui fustigent la posture de ce "consomm'acteur", modèle vanté par le commerce équitable. Il est clair que peu de gens sont prêts à payer cet "impôt volontaire", à payer plus cher pour ce nouveau label de consommation éthique et moral. On voit par exemple que le commerce équitable représente aujourd'hui 1 à 2 % du commerce mondial et que le poids de son organisation est infime. Alors faut il parier sur ce consumérisme politique ?


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C'est évident, le pouvoir d'achat des citoyens ne pourra injecter seule une dose d'éthique suffisante pour changer de manière significative le commerce mondial. Ce qui ne doit pas nous empêcher de réfléchir sur nos modes de consommation. Le commerce équitable n'est donc pas une alternative capable en soit de se substituer au capitalisme marchand. Il reste un exemple à suivre qui se base pour l'instant sur des produits agricoles et artisanaux ciblés et sur des relations entre Nord et Sud. Difficile donc de généraliser le principe. Mais alors que faire pour qu'un commerce éthique naisse ?

Deux solutions envisageables. L'incitation à consommer propre et éthique d'une part. La réglementation du marché mondial pour une égalité des prix, d'autre part. Certains diront que l'incitation n'est encore qu'une action à la marge. Et d'autres diront que la réglementation a montré son échec et qu'elle ne fait que jouer le jeu de ce marché sans le remettre en cause.

La solution pourrait venir de l'action citoyenne plus directe. D'autres exemple ne manquent pas. C'est le cas des AMAP (Alliances pour le Maintien d'une Agriculture Paysanne) qui souhaitent réinstaurer un contact direct entre producteur et consommateur, un échange juste, un sens de la responsabilité, un circuit court qui relocalise l'économie.

Mais, parce qu'il ne faut pas confondre pouvoir d'achat et pouvoir citoyen, il faut prendre conscience du fait que le citoyen a plusieurs possibilités pour agir. Le citoyen doit être un consommateur responsable. Il doit être un citoyen électeur qui propose des solutions politiques et qui sollicite tous les acteurs de la société. Il doit être un citoyen militant qui agit pour cette nécessité d'équité. Voilà les différents visages citoyens que chacun peut adopter. Soyons complémentaires, unissons ces forces, connectons-nous et cet autre commerce deviendra possible...

04.03.2007

Isegoria, le débat citoyen !

“Isegoria” : Dans la démocratie athénienne antique, le principe d’isegoria est fondateur. Il s’agit de garantir à tous les citoyens un accès libre et égal à la parole au sein de l’assemblée des citoyens.

Le projet de débat citoyen Isegoria :

A l’heure où l’on parle ici et là de crise de la démocratie, et plus encore de crise de la représentativité, et où l’on observe une réappropriation de la politique et du débat public par le peuple, il me parait important de multiplier les occasions de donner la parole aux citoyens.

L’objectif d’Isegoria, le débat citoyen, est donc de faire se rencontrer des individus, quels que soient leurs parcours, leurs modes de vie, leurs orientations politiques, leurs confessions ou leurs idéologies, et de les faire débattre et échanger à propos de grands enjeux qui font le monde d’aujourd’hui et feront les mondes de demain…

Comment ça se passe ?

Tous les mardis soir, autour d’un repas biologique, je vais réunir autour d’une thématique, un témoin lié au sujet qui viendra faire partager son expérience et sa connaissance et six citoyens qui viendront apprendre et échanger en posant des questions au témoin et débattre en exprimant librement leurs points de vue.

A l’issue de ce débat, un article de synthèse sera publié sur le blog Isegoria, le débat citoyen et il pourra être commenté et modifié par les participants. Il sera une base pour un débat plus large sur Internet.

Ca commence le 13 mars et la suite, est ici !

30.01.2007

Laboratoire DMDC n°1 : La place du citoyen

Début d’une série de trois articles de compte rendu des tables rondes politiques menées samedi 27 janvier 2007. Je précise que ceci est bien un compte rendu, et qu’il ne reflète en rien mon opinion personnelle. Je reviendrai pour ma part sur ces points un peu plus tard. Et je traiterai les thèmes du deuxième débat à cette occasion. Si quelques uns des participants ont des remarques, des précisions ou des amendements à apporter à ces quelques lignes, je les encourage plus que vivement à le faire.

Pour commencer, un thème qui n’était pas le premier abordé lors des réflexions mais qui est, à mon sens, central, la place du citoyen dans la démocratie de demain. En effet, le citoyen, ne l’oublions pas, est bien le premier pouvoir. La démocratie, c’est « le pouvoir du peuple, par le peuple et pour le peuple. » La démocratie n’est rien sans le citoyen.

Référendum d’initiative citoyenne : Nous avons surtout parlé du référendum d’initiative populaire, que certains préfèrent appeler référendum d’initiative citoyenne. Ce qui ressort sur ce procédé, c’est que tous sont d’accord pour qu’il soit appliqué, en partant du principe que le référendum venu « d’en haut », c’est à dire proposé par les élus, ne laisse qu’un choix bipolaire en forme de rejet massif ou d’acceptation large qui n’a pour seul but que de légitimer une politique ou de crédibiliser un homme. Seule réelle conséquence d’un tel schéma, une division de la société en deux camps radicalement et stérilement opposés. Pour ce qui est de l’aspect pratique, chacun s’accorde à établir un seuil. Par exemple, une pétition d’un million de signataires ou plutôt, pour rendre l’opération effective à tous les échelons, 10 % du corps électoral concerné. En revanche, dès que nous rentrons dans la définition de l’esprit du référendum les avis divergent.

D’abord, dans quel but et sur quels thèmes engager un tel référendum venu « d’en bas » ? Il n’y a pas de consensus sur ce point. Certains pensent qu’il doit seulement permettre d’introduire dans le débat une question oubliée par les élus ou qu’il doit seulement avoir lieu sur des questions sociales. D’autres, dont je fais partie, pensent plus largement qu’il faut que ce référendum citoyen puisse empiéter sur des prérogatives d’élus, par exemple sur des questions de défense nationale a priori réservées au président de la République. Il est également important dans cette optique qu’un tel référendum puisse s’opérer sur des questions constitutionnelles. Enfin, pour ces mêmes personnes, le référendum citoyen peut également installer une sanction des élus, à ne pas confondre avec la surveillance prônée par certain(e)s candidat(e)s. Dans ce cas, un référendum pourrait très bien destituer un élu, comme c’est le cas au Venezuela avec le référendum révocatoire à mi-mandat. Le citoyen reprend alors son pouvoir sans attendre l’élection.

Enfin, tout le monde ne semble pas d’accord sur les conséquences à donner au référendum. Certains, plus prudents, demandent qu’il soit coercitif sur le plan local et consultatif au plan national. D’autres, plus affirmés (dont je fais partie, était-ce nécessaire de le préciser), demandent qu’il soit systématiquement coercitif.

To be continued tomorrow...

18.01.2007

La politique est l'affaire de tous !

Au début le savoir est amer,
à la fin il est plus doux que le miel.


proverbe arabe


M'selles, m'dames, m'sieurs, si vous pouviez éviter de vous agiter trop et de faire du bruit ça serait vraiment sympa de votre part. Je suis en train de composer une dissertation d'histoire ancienne dans un amphi miteux de Tolbiac, j'aimerais bien pouvoir me concentrer... z'êtes marrant vous avec vos histoires de révolutions et vos conneries d'utopies ! Mais ça fait du bruit le changement...

Et que j'en vois pas un parler de Ségo et Sarko qu'il a vu sur TFN... ça va encore m'énerver ! Quoi ? Qui a gémit d'une voix énamourée "I love Sarko" ? P'tain, voilà, ça y est, j'suis déconcentré ! J'vous jure...

Et bah pour la peine, vous allez plancher aussi. Pas de raison. Allez hop, un p'tit extrait du Contre Ctésiphon d'Eschine :

"ces gens qui considèrent la politeia non comme un bien commun mais comme leur bien propre, [...] réduisant les citoyens à la condition d'esclaves et s'arrogeant sur eux les droits du maître."

Effectivement, n'oublions pas que la politique est l'affaire de tous. Le pouvoir appartient aux citoyens qui en délèguent une part à leurs représentants. Cette démocratie, c'est le pouvoir du peuple, par le peuple et pour le peuple.

Et jamais, ces représentants ne doivent croire que le pouvoir est leur, intégralement. Ils ne sont que des exécutants des volontés citoyennes. Jamais ils ne doivent l'oublier et s'approprier le pouvoir pour défendre leurs intérêts propres.

Jamais nous ne devons leur laisser croire que nous avons démissionné, jamais ils ne doivent percevoir dans nos yeux une lueur d'abandon. Nous sommes là. Nous sommes prêts à leur reprendre à tout moment notre pouvoir. Jamais ils ne doivent croire avoir vaincu.

L'oligarchie n'est pas et le pouvoir est nôtre, ne l'oublions pas. Dans une élection, celui qui a le pouvoir, c'est l'électeur, pas l'élu...

16.01.2007

1er février : cinq minutes de répit pour la planète !

Dans la série des informations à relayer tout en apportant un bémol, en voici une nouvelle diffusée par les Freemen par l'intermédiaire de La liste à suivre, par Les jeunes libres de Quitterie Delmas et instaurée par l'Alliance pour la planète.


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"1er février 2007. L’Alliance pour la Planète (groupement national d’associations environnementales) lance 5 minutes de répit pour la planète, un appel simple à l’attention de tous les citoyens : le 1er février 2007 entre 19h55 et 20h00, éteignez veilles et lumières.

Il ne s’agit pas d’économiser 5 minutes d’électricité uniquement ce jour-là, mais d’attirer l’attention des citoyens, des médias et des décideurs sur le gaspillage d’énergie et l’urgence de passer à l’action ! 5 minutes de répit pour la planète : ça ne prend pas longtemps, ça ne coûte rien, et ça montrera aux candidats à la Présidentielle que le changement climatique est un sujet qui doit peser dans le débat politique.

Pourquoi le 1er février ? Ce jour là sortira, à Paris, le nouveau rapport du groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) des Nations Unies. Cet événement aura lieu en France : il ne faut pas laisser passer cette occasion de braquer les projecteurs sur l’urgence de la situation climatique mondiale.

Si nous y participons tous, cette action aura un réel poids médiatique et politique, moins de trois mois avant l’élection présidentielle !"


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Encore une fois, il me faut expliquer pourquoi je ne cautionne pas totalement cette action. Ce blackout volontaire me paraît être une action bien mince. Cinq minutes de bonne conscience, certes, c'est rigolo, c'est facile à faire, ça peut permettre des rapprochements tactiles entre amis, génial ! Mais enfin, ça ne fait que cinq petites minutes pour penser à l'écologie. Des petits gestes importants, comme l'économie d'énergie, on peut en faire le 1er février et aussi les autres jours. Par exemple.

Enfin, que ça ne nous empêche pas d'éteindre nos lanternes de 19 h 55 à 20 h le 1er février...

28.11.2006

La fin du citoyen vautré dans le fauteuil ?

Et si nous prenions tous un engagement ?
Et si chacun d'entre nous promettait de prendre une décision importante ?
Et si nous étions de vrais citoyens politiques, qui observent le monde tout en étant des acteurs ?

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Et si nous arrêtions de subir ?
Et si nous devenions actifs ?
Et si nous choisissions ?

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Et si nous faisions un geste simple, à la fois écologique et libérateur ?
Et si nous libérions nos consciences ?
Et si enfin, nous vivions sans carcan, sans pensée prémâchée ?
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Et si nous tentions d'être des objecteurs de conscience ?
Et si nous arrêtions de faire vivre des dogmes ?
Et si nous arrêtions de nourrir des hommes et des femmes qui nous lobotomisent ?

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Et si, tout simplement, nous décidions, aujourd'hui, tous, d'éteindre définitivement notre poste de télévision ?

Chiche...