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30.06.2007

Sept petites choses...

A la demande générale de So-Ann et devant l’insistance de sa blondeur bouclée, je me dois de vous livrer sept petites choses sans grande importance sur ma petite personne. Je m’étais déjà livré à l’exercice des six vérités farfelues ici même, et comme j’y avais pris un certain plaisir, je re-begin et replonge avec un certain délice, non dissimulé, dans ce narcissisme de circonstance. Et So-Ann qui croyait m’embêter. Alors vous voilà obligés d’en apprendre un peu plus sur votre humble serviteur. Ca va être long, mais si vous avez des réclamations, faites-les à So-Ann directement. Enjoy… or not !



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Photo trouvée sur le site Tintin.com


Petite chose n°1 : Quand j’étais petit, à une époque encore plus lointaine que celle à laquelle j’ai fait faire ma carte d’identité presque périmée qui indique que je mesure tout juste 1 mètre 47, j’avais un rêve. Je ne voulais pas être pompier, pilote de chasse, policier, maître nageur ou super z’héros, non. Non, je voulais simplement être Tintin. Enfin pas vraiment lui. Et encore moins quand j’ai découvert ses penchants colonialistes et pédophiles. Et puis non, je préférais plutôt le bon vieux capitaine Haddock. Simplement, je voulais être grand reporter. En plus, je sais pas si vous avez remarqué, mais Tintin il travaille rien pour gagner rien. Juste, sans écrire jamais un seul bout d’article, il s’intronise grand reporter. La classe quand même. Aujourd’hui, je veux être journaliste en freelance, lancé librement à travers le monde. De là à dire que mes rêves ne varient que d’une houppette…


Petite chose n°1 bis : Au fond, mon rêve quand j’étais petit, c’était plutôt de devenir grand. Maintenant, c’est de continuer à rêver.


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Méditation de Ben dénichée sur ce blog.


Petite chose n°2 : J’aime bien les mots. Et il y a des mots que je préfère à d’autres. Et vous savez pourquoi ? Simplement parce que lorsque je les prononce, ça me fait rire. Exemples : cucurbitacée, garde-chiourme, saugrenu, gougnafier, caravansérail, cacahuètes, saperlipopette, impromptu, galéjade, biniou, esbaudir, pugnacité, inopiné, gnomon, bachibouzouk, ténébrisme caravagesque. Mais je crois que mon préféré, ça reste indéniablement bec Bunsen.


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Cliché noir et blanc trouvé sur le blog Jeux de maux.

Petite chose n°3 : Il y a quelque chose que j’aime beaucoup faire, c’est m’asseoir sur un banc et regarder les gens autour de moi. Les observer vivre. Leurs rires, leurs mots, leurs gestes, leurs regards, leurs instantanés de vie, ça m’inspire. Ca me fascine. Leur visage, surtout. Dans ma tête, j’ai des milliers de visages que je retiens. Physionomiste, ils appellent ça, les gens qui savent des choses. Moi, j’aime bien les visages. Avant, je disais tout le temps qu’en plus de Tintin, je serais « sociologue des gens ». Et si y’avait pas de débouché, j’aurais été « sociologue du bouchon ». Oui, parce que j’ai jamais compris le concept de l’embouteillage accordéonesque.


Petite chose n°3 bis : Quoi, je suis fou ? Comment ça je suis fou... Que vous êtes tristement normatifs vous alors !


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Dormir d'un oeil, photo de Patricia Guérin.


Petite chose n°4 : Quand vient la nuit, souvent, je commence à me réveiller. Quand le réveil annonce implacablement et avec fermeté des chiffres qui signifient qu’il faut dormir, moi, exprès, je garde les yeux ouverts. Pour pas que le sommeil m’emporte. Je n’aime pas perdre un duel contre le sommeil. Je n’aime pas quand les journées se terminent. J’aime bien quand le jour dure. Ca me frustre de perdre du temps à dormir. Du coup, j’ouvre les yeux. C’est une lutte. Et si ça ne marche pas, je pense à tous les autres jours, à ce que j’y ferais, ou à ce que je peux encore faire avant de dormir. Et si ça rate, je me mets à penser à des choses angoissantes. Pour tenir en éveil. Pour ne pas dormir. Avec ça, c’est le meilleur moyen de devenir insomniaque. Et pourtant, très paradoxalement, je trouve qu’il n’y a pas de meilleur moment dans une journée que celui où ma tête se pose sur l’oreiller.


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Soldat allemand brandissant le drapeau blanc trouvé ici.

Petite chose n°5 : Toute guerre fournit son lot de déserteurs. Je rêverais de déserter. Donc, j’aime la guerre... Je n’aime pas les sophismes. C’est idiot comme raisonnement.


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Visage de Bouddha trouvé sur le blog Fugues et Fougues.

Petite chose n°6 : J’exècre la religion. Je conspue les religieux. Mais j’admire la foi. Et peut-être même, finalement, que je déteste autant la religion parce que je n’arrive pas à atteindre cette spiritualité intérieure. Plutôt que de croire en cette chose supérieure, je tente de croire en moi et en les miens. Plutôt que d’assurer mes arrières et mon salut dans l’au-delà, je tente de faire de ma vie mon paradis. Plutôt que d’apporter des réponses, je cherche toujours à renouveler les questions. Plutôt que d’obéir à des commandements, je veux me libérer de toutes les chaînes mentales. Si Dieu répond aux névroses personnelles comme le pensait Freud, l’Eglise n’est donc à mon sens qu’une vaste thérapie de groupe. Reste pourtant que l’élévation spirituelle intérieure me manque. Je crois...


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Photographie de Nick Brickett.

Petite chose n°7 : Allez, pour finir, en vrac et en désordre. J’aime trouver un nid de fourmi et y jeter quelques gouttes pour les affoler, j’aime le chocolat, regarder les poules s’agiter et me demander si elles possèdent une forme d’intelligence, admirer un champ de coquelicots, faire semblant d’avoir peur la nuit pendant l’orage, écrire des mots en désordre sur une feuille blanche, écouter du blues, fendre les amandes en deux dans la longueur avec mes dents, essayer les cappuccinos de tous les bars du monde, ne pas m’imaginer partir un jour dans l’espace, entendre des gens parler des langues étrangères dans la rue et les jalouser, la reprise de Patti Smith de Pastime Paradise de Stevie Wonder, les contes fantastiques de Maupassant, écouter les gens parler de leur vie, la voix de Paulette Godard dans le Dictateur, les cheveux de BHL quand ils sont tartinés par la crème d’une tarte qui lui a été jetée au visage, mes deux expressions fétiches d’enfance : « ça a le goût de l’odeur » et « occupe toi de ce qui te mêle », manger des moules à Cancale, écouter Nino Ferrer chanter le Sud, les façades ocres romaines, le cloître de Saint Hilaire dans l’Aude, me regarder dans le miroir et imaginer ma tête dans soixante ans, caresser le cou des chats, mordiller des brins d’herbe, marcher sur la route en ville, regarder les gens qui te regardent quand ils sont assis à une terrasse, parler seul, acheter des livres et ne pas les lire, me souvenir que quelque part dans ce pays j’ai une cabane à moi dans un arbre, penser à mes grands pères que j’aurais tant aimé connaître, croire que j’ai failli m’appeler David Gakowski, me penser différent des autres, imaginer que j’aimerais un jour mes enfants comme j’aime ceux des autres, l’Afrique et sa beauté que certains disent primitive. J’aime en général. J’aime tendrement et en particulier quelques uns et quelqu’une...


Fin : Et bien voilà, vous en savez sept fois plus qu'avant de venir. Pas sûr que vous soyez plus avancés mais enfin. Maintenant, le principe du jeu étant ce qu'il est, je dois à mon tour taguer sept personnes qui devront se livrer et devenir à leur tour tagueur et désigner sept personnes. Et ainsi de suite. Selon le réglement, les “tagué(e)s doivent écrire 7 choses à leurs propos sur leur blog, ainsi que ce règlement. Vous devenez ensuite tagueur et devez taguer 7 autres personnes et les énumérer à la suite du billet. Vous laissez alors un commentaire sur leur blog leur indiquant qu’ils sont tagués et les invitant à lire votre space."


A mon tour de choisir sept victimes. Sont appelés à confesse : José Ferré, Eric Mainville, Quitterie Delmas, Charlie, Claire, Dilettante et Lucas. Désolé...

15:20 Publié dans Idées | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note

25.06.2007

Un nouveau chemin ?

J'annonce officiellement la fin de la période de silence, de retrait et de disette même, sur ce blog. Après la période électorale qui me laisse un goût amer, et que j'ai vécu tour à tour et dans le désordre comme une défaite, une déception, une trahison, une surprise (etc.), il est temps de faire peau neuve. C'est ce que j'ai toujours fait avec ce blog. Quand on bloque devant un mur, on le contourne plutôt que de continuer à le percuter sans cesse. Quand on ne trouve plus de plaisir à bloguer, on ne se force pas, on cherche à en trouver autrement ou ailleurs.

Par là même, j'annonce officiellement le début de la période de changements sur ce blog. Après avoir tenté, avec plus ou moins de succès, de talent ou d'investissements trois expérimentations (1, 2 et 3), après avoir partagé et construit, je vais opérer un nouveau virage. Ces trois expériences vont me servir à en créer une nouvelle. Un nouveau blog, un nouveau lieu, un nouveau fonctionnement. Pour être plus efficace et plus polyvalent, plus libre tout simplement. Les prochaines semaines seront donc un peu flottantes... Une fois de plus ! Mais avec l'excitation de tout recommencer. Comme un défi.

20:27 Publié dans Idées | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note

18.06.2007

L'espoir est un isthme

Vous l'aurez comme moi remarqué, dès qu'un mot se voit attacher un -isme, il gagne une aura idéologique étrange et devient un mot barbare, un mot borné, excessif, voire aveugle.

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Nazisme, sexisme, alcoolisme, stalinisme, jacobinisme, néologisme, militantisme, franquisme, réformisme, optimisme, déisme, socialisme, judaïsme, égoïsme, darwinisme, environnementalisme, syndicalisme, féminisme, sadisme, progressisme, agragrisme, mercantilisme, islamisme, bonapartisme, productivisme, antisémitisme, banditisme, développementalisme, lacanisme, présidentialisme, colonialisme, illettrisme, hygiénisme, révisionnisme, monarchisme, bougisme, pacifisme, tourisme, athlétisme, hédonisme, nombrilisme, marxisme, expressionnisme, créativisme, gigantisme, onanisme, humanisme, moralisme, totalitarisme, péronisme, centrisme, shiisme, philatélisme, cartésianisme, parlementarisme, situationnisme, scientisme, platonisme, taylorisme, caudillisme, négativisme, eugénisme, ascétisme, altruisme, ruralisme, immobilisme, fraternalisme, attentisme, impérialisme, satanisme, populisme, cynisme, saturnisme, exhibitionnisme, paupérisme, catéchisme, dualisme, animisme, rationnalisme, négationnisme, maccartisme, shintoisme, barbarisme, romantisme, scepticisme, colorisme, tantrisme, puritanisme, schisme, ethnocentrisme, autoritarisme, jansénisme, constructivisme, droits-de-l’hommisme, sédentarisme, botanisme, modernisme, ségrégationnisme, culturisme, républicanisme, fétichisme, barbarisme, écologisme, infantilisme, analphabétisme, cruciverbisme, antagonisme, expansionnisme, jeunisme, obscurantisme, oecuménisme, volontarisme, angélisme, naturisme, bellicisme, confucianisme, atlantisme, esthétisme, nomadisme, clientélisme, esclavagisme, monachisme, fordisme, évangélisme, favoritisme, aristotélisme, américanisme, spiritisme, industrialisme, cannibalisme, orientalisme, machiavélisme, professionnalisme, absentéisme, fascisme, paternalisme, masochisme, freudisme, hooliganisme, érotisme, providentialisme, déviationnisme, talibanisme, rhumatisme, démocratisme, justicialisme, mysticisme, occidentalisme, pédantisme, radicalisme, structuralisme, automatisme, urbanisme, pointillisme, formalisme, illusionnisme, mutisme, fondamentalisme, cubisme, conservatisme, polymorphisme, muralisme, académisme, lyrisme, passéisme, mécanisme, soufisme, purisme, intellectualisme, totémisme, charisme, japonisme, royalisme, fédéralisme, parisianisme, quoi ne me dîtes pas que vous êtes en train de tout lire, agnosticisme, priapisme, extrêmisme, particularisme, blairisme, chauvinisme, tiers mondisme, nanisme, collectivisme, déterminisme, positivisme, opportunisme, régionalisme, dadaisme, réalisme, césaropapisme, journalisme, symbolisme, hacktivisme, séisme, machisme, gauchisme, créationnisme, charlatanisme, narcissisme, bouddhisme, sophisme, athéisme, boulangisme, érémitisme, perfectionnisme, capitalisme, racisme, défaitisme, échangisme, snobisme, idéalisme, protestantisme, voyeurisme, civisme, fanatisme, laïcisme, sionisme, impressionnisme, sectarisme, castrisme, dynamisme, bakounisme, matérialisme, crétinisme, communautarisme, bushisme, anarchisme, surréalisme, amateurisme, spiritualisme, localisme, lepénisme, futurisme, éclectisme, libéralisme, catholicisme, terrorisme, individualisme, fatalisme, nationalisme, sarkozisme, unilatéralisme, pessimisme, cénobitisme, pétainisme, despotisme, sunnisme, patriotisme, modélisme, activisme, solidarisme, scoutisme, utopisme, gaullisme, girondisme, pluralisme, mondialisme, révolutionnisme, thatcherisme, communisme, épicurisme, christianisme, anglicisme, intégrisme, bolchévisme, surréalisme, je-m’en-foutisme.


Tous ces mots sont pleins de sens et pourtant, si vides, parfois. Ici, hérésies. Là-bas chimères. Ils sont pesants. Ils font peur. Rassurent certains. Prennent la vie d’autres. Font rêver. Ont fait couler du sang. Ont procuré de la joie. Ou des larmes de tristesse. Mais toujours dans l’excès. Toujours.

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De là à dire que certains mots n’ont pas ce vice de l'excès, il n’y a qu’un pas que je franchirais ardemment. Au hasard, il m’en vient trois. Trois mots simples. Trois mots fondamentaux. Trois mots essentiels. Trois mots qui mériteraient de prendre plus de place sur ce petit coin de planète. Respect, tolérance, et surtout, espoir…

NB : Petite note en forme de clin d’œil à ce sympathique commentateur de Quitterie Delmas qui fait de moi le héraut de l’utopie en citant une phrase qu’il m’attribue un peu vite.

10:25 Publié dans Idées | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : isme, espoir, tolérance, respect, idéologie, excès

17.06.2007

A la recherche de l'Humanité...

A l'heure où chacun se dirige ou non vers son bureau de vote et en attendant cette soirée qui confirmera l'élan conservateur de cette Europe vieillissante, mon esprit est plus que jamais dans le monde. Quelque part dans un coin lointain. Evasion vers un monde humain. Espérance des combats et des jours meilleurs. Chez les Kogis, par exemple.


"Le peuple des Kogis fait partie des derniers peuples racines, que certains nomment à tort des peuples archaïques. Encerclés par les conflits colombiens, les Kogis pourraient bien disparaître. La civilisation précolombienne des Tayronas a été décimée au XVIème siècle par une poignée de conquistadores. Des 500 000 hommes et femmes que comptait cette civilisation, il ne reste plus aujourd'hui que quelques héritiers, les peuples Aruacos, Arsarios, Wiwas et Kogis. Au total, 25 000 personnes qui vivent repliées sur les flancs de la Sierra Nevada de Santa Marta, montagne cotière du nord est colombien qui culmine à près de 5 800 mètres.

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Qui sont les Kogis ? Les Kogis forment une société humaine aux valeurs remarquablement préservées depuis des millénaires. Si les 800 000 Indiens qui peuplaient la Colombie en 1991 étaient considérés comme des mineurs, sans identité et placés sous la tutelle de l'Eglise, la Constitution de 1991 leur a offert un statut juridique et une relative autonomie.

Dans cette société pacifique, égalitaire et démocratique, on ne trouve pas de chef ou de hiérarchie et les décisions sont prises par la collectivité. La pauvreté et la violence n'ont pas leur place. Toute la société des Kogis est restée organisée autour de valeurs philosophiques et spirituelles intenses. Cette sagesse de l'esprit mise en avant leur permet de vivre en harmonie avec la nature, avec cette montagne qui est pour eux "le centre du monde" ou "la mère terre". Voilà ce qui anime les Kogis, le Yuluka, l'harmonie, la mise en accord des êtres et de leur environnement. Les Kogis tissent des liens entre les individus, ils associent les contraires, ils cherchent l'équilibre. Pour eux, il faut bien penser sa vie pour bien vivre.

Les travaux des anthropologues dans les années 1950 ont permis de découvrir une société jusqu'à lors presque inconnue. Et l'on a compris que ces sociétés avaient un haut niveau de développement, comparable à celui des Mayas ou des Incas.

Mais ces sociétés nous surprennent. En effet, les Kogis ont choisi de vivre en reclus, isolés du monde, loin de la modernité. Pour eux, nous sommes des "petits frères" qui ne pensent pas car nous détruisons notre monde. Les Kogis ont choisi de vivre sans économie et même contre l'économie qui bouleverse l'équilibre social.
"Ils tuent le monde [...] ils détruisent la terre, lui enlève son sang. Le sang c'est un peu comme l'eau des torrents, elle vient des sommets, comme le sang qui vient du cœur. Si nous ne faisons rien, bientôt il ne restera qu'une peau vide et quelque os. Nous ne pouvons pas laisser mourir la terre, nous devons la sauver pour nos enfants, nous devons étudier et étudier encore pour savoir comment réparer ses blessures. [...] Nous allons perdre notre force, notre énergie. [...] Si nous perdons ces connaissances, si les jeunes n'apprennent plus, ils vont devenir sourdes et aveugles. Ils ne sauront plus parler avec la nature." Miguel, chaman kogi.

Pourtant, cette société ne vit pas repliée sur elle-même en condamnant nos comportements et nos pensées. Les Kogis sont prêts à nous enseigner leur sagesse, à nous faire partager leur savoir et à nous aider à inventer notre futur et à vivre en harmonie avec le monde.

Eric Julien, géographe de formation et ancien guide de montagne, a été frappé par un oedème pulmonaire lors d'une course dans la Sierra. Les Kogis l'ont recueilli et soigné. Dès lors, Eric Julien a décidé de consacrer sa vie pour aider ce peuple. Il a fondé l'association Tchendukua Ici et Ailleurs qui tente de trouver des fonds en Europe pour racheter des terres pour les Kogis. Pour l'instant, 1 500 hectares ont pu être rachetés.

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La terre, un problème central : C'est bien la terre qui est un enjeu majeur pour les Kogis. La société kogi ne fait pas la différence entre l'Homme et la Terre. L'Homme naît de la terre, il vit avec elle, il base ses rituels sur la terre et y retourne après sa mort. La terre est la mémoire des Kogis. Or, en trente ans, 70 % des terres ont été prises à ce peuple qui est obligé de se replier dans les montagnes les plus hautes et les plus hostiles. Pour eux, la perte définitive de leurs terres serait l'annonce de leur mort.

Quels dangers pèsent sur les Kogis ?
Or, les pressions ne manquent pas sur les terres des Kogis. Après la colonisation européenne, ce sont les conflits colombiens qui pourraient faire taire à jamais ces peuples.

D'abord, ce sont les paysans sans terre qui font pression pour prendre aux Kogis leurs terres. Ensuite, les conflits qui opposent le pouvoir central et la guérilla font des Kogis des prisonniers de la terreur. Les groupes de la guérilla, FARC ou ELN, sont repoussés dans les montagnes par des paramilitaires envoyés par un gouvernement qui avait promis une politique de fermeté face aux rebelles. Gentil Cruz, "frère de coeur" d'Eric Julien a par exemple été séquestré, torturé puis assassiné par des paramilitaires d'extrême droite. Puis, ce sont les pilleurs de tombes et les narcotrafiquants qui prennent le relais. Pillages de terres, viols, attaques de villages, libre circulation entravée, les Kogis sont condamnés au silence par les violences.

Enfin, les projets de construction de téléphériques dans un parc national, déclaré réserve de la biosphère par l'UNESCO, menacent les terres des Kogis.

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Les Kogis, un peuple du passé ou un vecteur de notre avenir ? Face à ce peuple, les occidentaux ont tendance à penser qu'il s'agit d'individus rétrogrades, repliés sur leurs traditions ancestrales et ancrées à jamais dans un passé lointain.
"On ne peut pas qualifier d’archaïque une société qui veut garder sa mémoire, hautement démocratique, où la pauvreté n’existe pas, dont les membres tentent de vivre mieux ensemble, en paix, à leur juste place, où la femme est respectée, et où la finalité de vie est d’être heureux." Eric Julien.


Mais les Kogis sont-ils vraiment des témoins d'une Humanité révolue ? Je ne le crois pas. Les Kogis ne doivent pas être des témoins silencieux emportés par l'Histoire, l'Histoire avec sa grande hache comme le disait Georges Perec. Les Kogis ne peuvent être réduits au rôle de miroir qui nous reflète ce que nous ne sommes plus. Les Kogis sont les gardiens de notre Humanité et de ses valeurs. Les Kogis portent en eux notre futur. Je suivrais les mots d'Eric Julien : “Je suis persuadé que notre propre avenir passe par la réintroduction, dans nos sociétés modernes, des principes de vie qui fondent les sociétés racines.”"

Cet article a été publié en février dernier sur mon blog Des mondes en lutte(s) qui, malgré un long silence, refera un jour surface car il est exactement l'incarnation de ma vision du journalisme, et sur Agoravox.fr.

11:30 Publié dans Idées | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Kogis, Colombie, peuples racines, humanité, tchendukua ici et ailleurs

16.06.2007

Veau-tons !

Nous allons assister dimanche à un phénomène zoologique particulièrement intéressant, à un miracle de la nature des plus merveilleux. Le long de toutes les routes de France, sur les rives de chaque cours d'eau, aux abords de tous les rails, envahissant chaque pré, des troupeaux entiers vont migrer vers un lieu confiné que l'on nomme "isoloir". Exode sublime, migration d'une rare intensité, mouvement subliminal, rien ne peut expliquer cette prouesse. Rien.

Alors si vous croisez vous aussi ces milliers de gentils veaux pérégrinant au bord du chemin, ne perturbez surtout pas ce joli spectacle. Et profitez. Profitez de cet évènement rare et précieux, celui d'un peuple qui beugle de plaisir avant d'aller à l'abattoir. Et d'ici là, en savourant votre blanquette nationale, méditez ce proverbe berrichon qui dit que "Changement d'herbages réjouit les veaux !"...

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14:55 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : élections législatives, vague bleue, état UMP, président Sarkozy, caricatures

14.06.2007

Et maintenant ?

Le pays a pu "s'exprimer". Une certaine France a fait le choix du conservatisme à l'allure dynamique et de la rénovation aux accents passéïstes. Voilà le choix de société que les français ont fait. Celui du bonapartisme au pas de course, de l'ultra incarnation providentialiste, de la confusion totale des pouvoirs, de la mise au ban des alliés politiques, de la satellisation tutélaire de l'opposition, du baillon médiatique et de l'endoctrinement des esprits. Voilà le choix qu'ils ont fait. Celui d'un demain qui ressemble étrangement à aujourd'hui et qui a tendance à ne pas écouter les leçons d'hier. Celui d'un pays où l'utopie n'a pas droit de cité. Le choix du degré zéro de la politique.


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Le monde pourrait s'exprimer. Et c'est bien un certain monde qui prend la parole. Celui du groupuscule ubuesque des 8. Et ce monde là a fait le choix de l'indifférence face aux tourments. Il plonge inexorablement la tête dans un sable de plus en plus mouvant, de plus en plus brûlant. Et la doctrine capitaliste triomphe chaque jour un peu plus, empoisonnant chaque parcelle de terres vierges, gangrénant même jusqu'aux pays les plus communistes de cette Terre, emportant avec elle tous les espoirs d'humanité, au nom de l'américanisme européanisé. Les "démocraties représentatives occidentales" se font la vitrine de l'idéal libertaire et révolutionnaire alors qu'elles ne sont que des ersatzs de dictatures, des parodies aristocratiques ou des produits de cette philosophie politique méprisante qui dressait le portrait de la plèbe violente, de la populace grouillante et de la foule miséreuse.


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Un monde écologique, humain, solidaire, fraternel, libre ? C'est plaisant pour une soirée de rêveries autour du feu, c'est rafraîchissant dans les esprits rebelles de quelques jeunes gauchistes, c'est élégant sur le fronton républicain, mais ça n'a pas sa place dans une planète qui tourne à l'envers, dans un monde où l'Homme passe après l'homme.

Pourquoi se battre ? Pour quoi se battre ? La réponse semble évidente. Mais surtout, comment lutter ? Avec les mêmes armes que l'ennemi ? C'est perdu d'avance. Par le dialogue et l'écoute ? Alors qu'en face, la répression est toujours plus forte et que l'ancien monde rend coup pour coup, il faudrait être fou. Avec la vertu et l'exemple ? Dans ce cas, il faudrait que nous soyons tous des êtres irréprochables, que chacun de nos noms entre dans l'Histoire, que des Gandhi et des Martin Luther King naissent en chacun de nous. Et c'est peu de dire que l'opération semble improbable. Par la violence, les cris et le sang ? Nous en aurons, il n'y a aucun doute là dessus, mais le salut vient rarement du chaos. Par l'activisme sur tous les terrains ? La tâche semble longue, dure et presque irréalisable.


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La seule chose sûre à mes yeux, c'est que les hommes et femmes libres de ce monde savent très bien que leurs tâches sont immenses, qu'ils n'arriveront pas à changer de mondes et que leur travail est perdu d'avance... Alors est-ce à dire que nous sommes des martyrs, des kamikazes et des fous qui luttent pour leur bonne conscience ? Peut-être... Mais gardons alors à l'esprit que rien n'est impossible quand des fous laissent vagabonder leurs utopies. Rien !

Pour ma part, je suis complétement déboussolé. Même si j'avais fait de cette phrase "devenir acteur de l'actualité et non spectateur" la devise de mon blog, j'ai depuis quelques temps l'envie de m'asseoir sur un banc et de regarder passer à toute vitesse ce monde qui veut foncer dans le premier mur venu. J'ai envie de descendre de ce train dément qui, lancé à grande vitesse, ne prend pas le temps de regarder le paysage et de profiter du voyage merveilleux qu'il a la chance de vivre.


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Me voilà complétement perdu dans ce monde étrange. Dans ce monde qui a peur de ses rêves, de ses désirs, de ses passions. Peur de la simplicité et de l'Humanité. Peur de l'avenir et de sa propre nature. Comment croire en une lueur dans ce monde qui ne laisse pas sa place à nos rêves ? Comment voir un bout à ce tunnel qui n'offre pour décor que la désolation, la guerre et la pauvreté ? Comment croire que l'Homme se cache encore dans les hommes ? Comment y croire encore ou l'espérer ? Pouvons-nous y arriver ? Je ne le crois plus. Et pourtant, plus que jamais, paradoxalement, j'ai envie de me battre, d'y consacrer ma vie, d'offrir chaque seconde de mon temps à ces combats. De vibrer, de partager et de me lever avec ces mondes en lutte(s)...

20:25 Publié dans Idées | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : utopie, capitalisme, écologie, démocratie, des mondes en luttes

05.06.2007

Changer le monde...

Nous sommes le 4 juin 2007. Le 4 juin 1989, Tiananmen s'embrasait. Le printemps de Beijing a 18 ans. L'occasion pour moi de republier ici un article qui date d'il y a quelques mois.

"En 1989, un mouvement étudiant exige des réformes politiques et dénonce la corruption en République populaire de Chine. Symbole de cette lutte pour la démocratie en Chine et dans le monde entier, la répression sanglante de manifestations pacifistes sur la place Tiananmen. De cet évènement, le monde a retenu un cliché.


medium_Tianasquare_tank.jpg


Cette photographie est un symbole fort, une allégorie. Cet étudiant qui, seul, arrête les blindés est un exemple. Nous pouvons aujourd'hui, nous aussi, et plus encore nous devons, stopper la course de ce lourd blindé qu'est la recherche effrenée et aveugle de la croissance. L'accroissement du PIB, tant recherché, a des effets néfastes sur l'environnement et par suite sur l'Humanité elle-même. Il nous faut donc nous élever contre le règne de la croissance économique.

La question reste ensuite de savoir ce que nous ferons une fois la machine neutralisée. Faire faire demi-tour au tank ? Peut-être. Dans certains cas et en partie seulement, la décroissance sera inévitable. La production de ressources énergétiques fossiles, la production d'énergie nucléaire, la production de produits chimiques et toxiques, l'agriculture intensive soutenue par les pesticides et les OGM, voilà des domaines qui devront décroître. Pendant que des modes de production propres et viables devront croître de manière presque exponentielle.

Mais surtout il faudra faire prendre une autre voie à ce véhicule, la voie du progrès humain et du développement planétaire, sans dégrader notre environnement. Plus encore que de changer de voie, il s'agira même de changer de véhicule. Remplacer le tank qui écrase tout sur son passage, les hommes, leurs cultures et leur vie, par un véhicule plus respectueux de l'humain. Voilà notre défi. Un défi colossal mais que nous ne pouvons pas ne pas relever. Si nous voulons encore vivre, si nous voulons que nos enfants et nos petits enfants vivent, il faut que ce que certains appellent Utopie devienne réalité. L'Humanité va devoir lutter, sans quoi, nous serons TOUS perdants."

10:58 Publié dans Idées | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : changer, monde, 1989, Chine, étudiants, Tiananmen, répression

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