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17.06.2007

A la recherche de l'Humanité...

A l'heure où chacun se dirige ou non vers son bureau de vote et en attendant cette soirée qui confirmera l'élan conservateur de cette Europe vieillissante, mon esprit est plus que jamais dans le monde. Quelque part dans un coin lointain. Evasion vers un monde humain. Espérance des combats et des jours meilleurs. Chez les Kogis, par exemple.


"Le peuple des Kogis fait partie des derniers peuples racines, que certains nomment à tort des peuples archaïques. Encerclés par les conflits colombiens, les Kogis pourraient bien disparaître. La civilisation précolombienne des Tayronas a été décimée au XVIème siècle par une poignée de conquistadores. Des 500 000 hommes et femmes que comptait cette civilisation, il ne reste plus aujourd'hui que quelques héritiers, les peuples Aruacos, Arsarios, Wiwas et Kogis. Au total, 25 000 personnes qui vivent repliées sur les flancs de la Sierra Nevada de Santa Marta, montagne cotière du nord est colombien qui culmine à près de 5 800 mètres.

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Qui sont les Kogis ? Les Kogis forment une société humaine aux valeurs remarquablement préservées depuis des millénaires. Si les 800 000 Indiens qui peuplaient la Colombie en 1991 étaient considérés comme des mineurs, sans identité et placés sous la tutelle de l'Eglise, la Constitution de 1991 leur a offert un statut juridique et une relative autonomie.

Dans cette société pacifique, égalitaire et démocratique, on ne trouve pas de chef ou de hiérarchie et les décisions sont prises par la collectivité. La pauvreté et la violence n'ont pas leur place. Toute la société des Kogis est restée organisée autour de valeurs philosophiques et spirituelles intenses. Cette sagesse de l'esprit mise en avant leur permet de vivre en harmonie avec la nature, avec cette montagne qui est pour eux "le centre du monde" ou "la mère terre". Voilà ce qui anime les Kogis, le Yuluka, l'harmonie, la mise en accord des êtres et de leur environnement. Les Kogis tissent des liens entre les individus, ils associent les contraires, ils cherchent l'équilibre. Pour eux, il faut bien penser sa vie pour bien vivre.

Les travaux des anthropologues dans les années 1950 ont permis de découvrir une société jusqu'à lors presque inconnue. Et l'on a compris que ces sociétés avaient un haut niveau de développement, comparable à celui des Mayas ou des Incas.

Mais ces sociétés nous surprennent. En effet, les Kogis ont choisi de vivre en reclus, isolés du monde, loin de la modernité. Pour eux, nous sommes des "petits frères" qui ne pensent pas car nous détruisons notre monde. Les Kogis ont choisi de vivre sans économie et même contre l'économie qui bouleverse l'équilibre social.
"Ils tuent le monde [...] ils détruisent la terre, lui enlève son sang. Le sang c'est un peu comme l'eau des torrents, elle vient des sommets, comme le sang qui vient du cœur. Si nous ne faisons rien, bientôt il ne restera qu'une peau vide et quelque os. Nous ne pouvons pas laisser mourir la terre, nous devons la sauver pour nos enfants, nous devons étudier et étudier encore pour savoir comment réparer ses blessures. [...] Nous allons perdre notre force, notre énergie. [...] Si nous perdons ces connaissances, si les jeunes n'apprennent plus, ils vont devenir sourdes et aveugles. Ils ne sauront plus parler avec la nature." Miguel, chaman kogi.

Pourtant, cette société ne vit pas repliée sur elle-même en condamnant nos comportements et nos pensées. Les Kogis sont prêts à nous enseigner leur sagesse, à nous faire partager leur savoir et à nous aider à inventer notre futur et à vivre en harmonie avec le monde.

Eric Julien, géographe de formation et ancien guide de montagne, a été frappé par un oedème pulmonaire lors d'une course dans la Sierra. Les Kogis l'ont recueilli et soigné. Dès lors, Eric Julien a décidé de consacrer sa vie pour aider ce peuple. Il a fondé l'association Tchendukua Ici et Ailleurs qui tente de trouver des fonds en Europe pour racheter des terres pour les Kogis. Pour l'instant, 1 500 hectares ont pu être rachetés.

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La terre, un problème central : C'est bien la terre qui est un enjeu majeur pour les Kogis. La société kogi ne fait pas la différence entre l'Homme et la Terre. L'Homme naît de la terre, il vit avec elle, il base ses rituels sur la terre et y retourne après sa mort. La terre est la mémoire des Kogis. Or, en trente ans, 70 % des terres ont été prises à ce peuple qui est obligé de se replier dans les montagnes les plus hautes et les plus hostiles. Pour eux, la perte définitive de leurs terres serait l'annonce de leur mort.

Quels dangers pèsent sur les Kogis ?
Or, les pressions ne manquent pas sur les terres des Kogis. Après la colonisation européenne, ce sont les conflits colombiens qui pourraient faire taire à jamais ces peuples.

D'abord, ce sont les paysans sans terre qui font pression pour prendre aux Kogis leurs terres. Ensuite, les conflits qui opposent le pouvoir central et la guérilla font des Kogis des prisonniers de la terreur. Les groupes de la guérilla, FARC ou ELN, sont repoussés dans les montagnes par des paramilitaires envoyés par un gouvernement qui avait promis une politique de fermeté face aux rebelles. Gentil Cruz, "frère de coeur" d'Eric Julien a par exemple été séquestré, torturé puis assassiné par des paramilitaires d'extrême droite. Puis, ce sont les pilleurs de tombes et les narcotrafiquants qui prennent le relais. Pillages de terres, viols, attaques de villages, libre circulation entravée, les Kogis sont condamnés au silence par les violences.

Enfin, les projets de construction de téléphériques dans un parc national, déclaré réserve de la biosphère par l'UNESCO, menacent les terres des Kogis.

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Les Kogis, un peuple du passé ou un vecteur de notre avenir ? Face à ce peuple, les occidentaux ont tendance à penser qu'il s'agit d'individus rétrogrades, repliés sur leurs traditions ancestrales et ancrées à jamais dans un passé lointain.
"On ne peut pas qualifier d’archaïque une société qui veut garder sa mémoire, hautement démocratique, où la pauvreté n’existe pas, dont les membres tentent de vivre mieux ensemble, en paix, à leur juste place, où la femme est respectée, et où la finalité de vie est d’être heureux." Eric Julien.


Mais les Kogis sont-ils vraiment des témoins d'une Humanité révolue ? Je ne le crois pas. Les Kogis ne doivent pas être des témoins silencieux emportés par l'Histoire, l'Histoire avec sa grande hache comme le disait Georges Perec. Les Kogis ne peuvent être réduits au rôle de miroir qui nous reflète ce que nous ne sommes plus. Les Kogis sont les gardiens de notre Humanité et de ses valeurs. Les Kogis portent en eux notre futur. Je suivrais les mots d'Eric Julien : “Je suis persuadé que notre propre avenir passe par la réintroduction, dans nos sociétés modernes, des principes de vie qui fondent les sociétés racines.”"

Cet article a été publié en février dernier sur mon blog Des mondes en lutte(s) qui, malgré un long silence, refera un jour surface car il est exactement l'incarnation de ma vision du journalisme, et sur Agoravox.fr.

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