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02.07.2006

Tribune n°5 : Violence d'un monde

Du 9 au 30 juin s'est tenue dans la galerie parisienne Azzedine Alaïa, l'exposition "World Press Photo 2006" qui réunissait les meilleurs clichés de presse de l'année dans plusieurs catégories, actualités, reportages, sports, vie quotidienne, portraits, arts, divertissements et nature.

Cette excellente exposition révèle la violence extrême de ce monde. La plupart des photos sont poignantes. Certaines sont absolument insoutenables. A tel point que plusieurs personnes n'ont pas réussi à les regarder toutes et ont failli partir dès le début de l'exposition. Mais elles sont restées tant ces clichés apportent beaucoup. Ils sont un regard inattendu, éclairant et fort sur le monde. Les images, accompagnées de textes partiellement restitués et reformulés ici, sont chacune des coups de poignard. Certains regards sont difficiles à croiser, comme ceux des missionnaires de la liberté morbide envoyés en Irak, ceux des victimes de séïsmes, ceux des enfants bafoués encore. Ces quelques images nous renvoient avec cruauté à notre impuissance. On se demande s'il peut y avoir de la place pour l'utopie dans cette cruauté sans nom. Et puis on se dit que l'utopie est d'autant plus nécessaire, et on a encore plus envie de changer le monde. Voilà pourquoi j'ai choisi de vous faire part de certaines images, souvent fortes.


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Finbarr O'Reilly, Canada, Reuters (1er prix en 2005) : Alassa Galisou, petit enfant nigérien mal-nourri de un an, presse sa main sur les lèvres de sa mère. Les sécheresses et les invasions de sauterelles détruisent chaque année les récoltes, plongeant plusieurs millions d'habitants dans la famine. Quelques semaines après ce cliché, le sommet du G8 promettait de faire du fléau de la pauvreté de l'histoire ancienne et doublait ses aides à l'Afrique.


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Chris Hondros, USA, Getty Images : Samar Hassan pleure après que les troupes américaines aient tué ses parents à Tal Afar dans le nord de l'Irak. La voiture de ses parents ne s'est pas arrêtée devant la patrouille de soldats. Ceux-ci ont alors ouvert le feu. Cette petite ville avait été quelques jours plus tôt le théâtre d'affrontements entre forces américaines et insurgeants irakiens.


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Michael Appleton, USA, New York Daily News : L'ouragan Katrina a inondé près de 80% des habitations du sud du pays. Et les secours, retardés et désorganisés, ont laissés la moitié de la population désemparée et prisonnière des eaux.


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David Guttenfelder, USA, The Associated Press : Sabir Hussein Shah soutient son fils de neuf ans Zeeshan qui a du se faire amputer après avoir été blessé lors du séïsme pakistanais qui a détruit près de 70% des bâtiments. Les enfants représentent plus de la moitié des blessés.


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Andrew Testa, Royaume-Uni, Panos Pictures for the New York Times : Un jeune bosniaque prie sur l'un des 610 cercueils installés dans cette usine du pays avant leur incinération, le jour du dixième anniversaire du massacre de Srebrenica, lors duquel les Serbes avaient tué plus de 7000 musulmans. L'identification se poursuit encore dans les charniers de Bosnie.


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Rodrigo Abd, Argentine, The Associated Press : Les "maras", jeunes gangs de Guatemala City, sont formés des fils des fermiers indiens qui avaient fui la campagne dans les années 1980 pour s'entasser dans les bidonvilles de la capitale. Ces jeunes ont adopté les méthodes des gans américains, violences, meurtres, traffic de drogues. Ces drames sont le lot quotidien des guatemaltèques de la ville.


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Yannos Kontos, Grèce, Polaris Images : Le jeune Abu, âgé de sept ans, boutonne le col de son père dans un camp pour amputés de Freetown au Libéria. Abu Bakarr Kargbo s'est fait couper les deux bras par le Front révolutionnaire en 1999. 50 000 personnes furent tuées et des milliers mutilées dans cette guerre civile entre le gouvernement et les rebelles de 1991 à 2002. Depuis 2004, un programme d'intégration social est mis en place pour les victimes. Mais nombre des amputés sont délaissés par le pouvoir.


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Joao Silva, Afrique du Sud, The New York Times : Les détenus de la prison de Maula à Lilongwe au Malawi dorment entassés sur le sol. Ne pouvant se retourner, c'est un prisonnier désigné pour cette tâche qui signalera le moment venu pour se retourner et pour que tout le monde effectue l'opération en même temps. Le mauvais financement du système judiciaire et carcéral mène à cette situation.


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Marcus Bleasdale, Irlande, Human Rights Watch : A Kinshasa, dans la République Démocratique du Congo, des enfants apprécient la douche d'un centre de soins. En échange d'un peu de travail, on leur offre nourriture, logement et éducation. Les conflits, les migrations internes, la pauvreté, l'épidémie de Sida, tout ceci contribue à augmenter le nombre d'enfants qui vivent et travaillent dans la rue. On en compte 30 000 dans la capitale. Chassés de chez eux par leurs parents, accusés de sorcellerie, ils doivent faire face dans la rue aux violences physiques et aux viols commis par les personnes plus âgées qui les recueillent ou parfois par les policiers et les militaires eux-mêmes.


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G.M.B. Akash, Bangladesh : Un jeune travailleur est puni pour ne pas avoir terminé son travail à temps. L'UNICEF estime que plus de 3 millions d'enfants sont obligés de travailler dans le pays, malgré les efforts fournis dès 1990 pour limiter et abolir le travail forcé des enfants. Payés moins d'un dollar par jour, ils sont préférés aux adultes pour le travail et pour l'utilisation de matières dangereuses. Dès lors, ils sont écartés des possibilités d'éducation et ne peuvent plus trouver d'autres voies pour gagner leur vie.


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Donald Weber, Canada, Polaris Images : Viktor Popovichenko, un jeune ukrainien de 32 ans, tombe après avoir bu de la vodka. Il en boit chaque jour une bouteille qui lui coûte l'équivalent d'un dollar.  Son village d'Orane se situe près de Tchernobyl. Village fantôme qui n'acueille plus aucune activité. Alors, comme 39% des ukrainiens, Viktor est devenu alcoolique.


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Tamas Dezso, Hongrie, Geo Hungary : La dictature et le nationalisme ont isolés la Roumanie de l'Europe de l'Ouest. A cause d'une hygiène désastreuse et de la corruption, la Commission européenne a rejeté la demande d'adhésion à l'Union. Les catastrophes naturelles et la très mauvaise conjoncture économique rendent la vie des roumains difficile. Ici, on voit un couple devant sa maison inhabitable.


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Michal Novotny, République Tchèque, Lidové Noviny : La guerre civile et les troubles politiques au Libéria ont officiellement pris fin avec les élections de 2005. Conséquence des ces années noires, 16% de la population est handicapée. On compte par exemple près de 77 000 aveugles à cause de la malnutrition. Ici, on voit le chef d'un camp de lépreux.


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David Hogsholt, Danemark : Mia, 26 ans, reste derrière la gare centrale de Copenhague. Elle se drogue et se prostitue. Elle a perdu son fiancé, mort d'une overdose, et ne voit pas souvent sa petite soeur de 6 ans placée dans une maison d'adoption. Elle essaye pourtant de vivre dans de décentes conditions.


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Lucian Read, USA, World Pictures News : Soldat américain en Irak, envoyé avec 150 000 autres lors des élections en janvier.


Pour voir la suite de cette exposition, cliquez ici.

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Commentaires

C'est triste de voir un monde qui souffre. C'est encore pire de fermer les yeux et faire semblant de ne rien voir. Voici un geste qui j'espère, pourra sensibiliser le plus de monde possible.

Que faire pour améliorer tout ça ? Agir à son échelle et faire du mieux possible ...

Ecrit par : sebasan | 02.07.2006

vos photos et commentaires sont tellement le reflet de la réalité, que j'en ai des frissons, et je vous remercie de ne pas être ni aveugle ni sourd, dans ce monde de fleurs fanées...

Ecrit par : MARIE | 15.04.2007

rien ne peut contester la misère existante, ni photos, ni nouvelles du monde...et cela a malheureusement de tout temps été ainsi, quelque soit les époques...ne pas être sourd, ne pas être aveugle...ok! pas de problème, mais j'ai aussi envie, besoin de voir , d'entendre des choses postives et il y a en a même si cela fait moins sensation! il y a aussi dans notre monde, des gens formidables, des situations qui sont belles et qui donnenet du sens à la vie!

accordons nous aussi ce regard, attardons nous aussi sur ce qui est juste, beau naturel, c'est dans l'espoir, dans la confiance qu'on se sent capable de réagir, et pas en se sentant écrasé, abrutis par tant de photos chocs ou de mots assassins!
comment avoir envie d'avancer dans un monde que l'on nous décrit sans cesse comme noir, choquant, dangeureux, instable...................!!!

montrez nous aussi des photos, des commentaires qui nous donnent des frissons, mais des frissons de bonheur... des poussées d'envies, où alors ne croyez vous plus en rien?
je suis triste de ce que j'ai vu et lu mais j'aimerais aussi voir ce qui est bon et beau car je reste persuadée que toutes les fleurs ne sont pas fanées.

Ecrit par : sophie | 06.02.2008

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